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Vers l’entreprise citoyenne ?

Fort de sa longue expérience de dirigeant d’entreprise et de son expertise en matière de nouvelles technologies, Francis Lorentz (H. 64), livre ses réflexions. Il nous parle de l’élargissement des responsabilités de l’entreprise, entraîné par le bouleversement de l’environnement technologique et économique.

 

Pourquoi l’entreprise doit-elle et va-t-elle se transformer en profondeur ?

L’environnement technologique et géoéconomique de l’entreprise se transforme à une vitesse qui ne cesse de s’accélérer depuis la fin du siècle dernier. Internet et le téléphone mobile ont été au cœur de la mondialisation. La compétition ignore les frontières sectorielles, géographiques et réglementaires.

Le fonctionnement des marchés, les modèles économiques, les relations avec les clients, les collaborateurs, les fournisseurs sont bouleversés par l’ubiquité des réseaux, la puissance des plateformes électroniques, la dissémination de l’intelligence dans tous les outils et process.  La réponse à ces défis passe par les hommes et les femmes qui font vivre et évoluer les entreprises. Cela engage celles-ci dans une sévère compétition. Recruter, motiver et fidéliser les meilleurs talents, qu’il s’agisse de chaudronniers, de commerciaux ou de spécialistes d’intelligence artificielle. Dans le même temps, les entreprises, devenues des acteurs clés de la transformation de nos sociétés, voient leurs responsabilités croître à l’égard des citoyens, des consommateurs, de la collectivité, qu’il s’agisse de la santé de chacun, de l’incidence d’une fermeture d’usine sur son bassin d’emploi ou de sa consommation de ressources naturelles.

Pour ces motifs, l’entreprise pourra de moins en moins limiter ses objectifs à la seule rentabilité financière et court terme. Elle sera tenue de prendre en compte les objectifs de rentabilité des investisseurs mais également les préoccupations de l’ensemble de ses parties prenantes : collaborateurs, clients, sous-traitants et collectivité.
C’est dans ce sens que plaide, me semble-t- il, le rapport Entreprise et intérêt général que viennent de remettre au gouvernement, Jean-Dominique Sénard et Nicole Notat, en invitant chaque entreprise à définir ce qu’elle considère être sa « mission ».

 

Les entreprises françaises sont-elles prêtes à s’engager dans cette voie ?

C’est toute la société française qui doit s’y engager !

Dans notre pays, les relations entre les entreprises et la société sont plutôt conflictuels. De part et d’autre, les crispations et affrontements freinent la convergence des énergies, des talents et des initiatives en faveur d’une entreprise à la fois compétitive, performante et responsable. Le lien de l’entreprise avec son écosystème est, dans bien des cas, à réinventer. Les incitations législatives ou réglementaires peuvent, certes, y contribuer. Mais leur excès et leur rigidité peuvent aussi conduire à perpétuer méfiance réciproque et irresponsabilité.

Il faudra de plus en plus compter sur la société civile et sur le poids de l’opinion publique, pour inciter les entreprises à assumer la plénitude de leurs responsabilités. Cela ne va pas sans risque puisque les manipulations de toute nature ne sont pas à exclure. Mais je crois beaucoup au développement et au rôle croissant d’agences de notations. Elles évalueront les contributions et les comportements de l’entreprise au regard de leurs responsabilités non financières.

 

Quid de l’action du « monde de la finance » dans ce processus que vous décrivez ?

Les fonds d’investissement peuvent également jouer un rôle décisif dans cette bataille. Une « moralisation » de la transformation économique. L’exemple nous est donné par le fonds souverain norvégien, le plus important au monde. Il dépasse désormais les 1 000 milliards de dollars, soit environ 2,7 fois plus que le produit intérieur brut de la Norvège. Il détient en moyenne 1,5 % du capital des plus grandes entreprises du monde. Ce fond n’investit que dans des sociétés qui respectent les droits sociaux et environnementaux. Ce fond délaisse celles qui fabriquent des produits nocifs, comme le tabac. Son influence est devenue telle que dès lors qu’il refuse d’investir dans une entreprise au prétexte qu’elle ne se comporte pas de manière responsable, nombre d’autres investisseurs mondiaux lui emboîtent le pas !

 

Peut-il s’agir, concernant cette évolution de l’entreprise, d’un « phénomène de mode » ?

Non, je ne le pense pas. La rapidité, voire la brutalité des transformations en cours, impose des exigences nouvelles aux entreprises. Je suis convaincu que les gagnants sur le long terme seront ceux qui auront su le mieux répondre à ce défi. Ils apparaissent ainsi comme des employeurs attractifs et des citoyens responsables. ■

 


BIO EXPRESS

Françis Lorentz

Après avoir débuté sa vie professionnelle à la Direction du Trésor, Francis Lorentz a dirigé le groupe BULL de 1982 à 1992. Il a ensuite été Président de la RATP et professeur-Associé à l’Université de Paris-Dauphine. Il a dirigé la « Mission commerce électronique » mise en place par le Gouvernement et présidé un incubateur. Puis, il a été membre du Comex des Galeries Lafayette en charge des activités numériques du Groupe (e-Laser) Président de l’IDATE (Digiworld Institute) de 2000 à 2011. Francis Lorentz a co fondé en 2005 LD&A, banque d’affaires spécialiste des entreprises « numériques ». Cette Société a fusionné en 2016 avec son partenaire américain pour donner naissance à Drake Star Partners dont il préside la filiale française.

Il est par ailleurs Président du Conseil de surveillance de IT-Translation, fonds d’investissement créé par l’INRIA et membre du Comité stratégique de X-PM, référence internationale en management de transition.

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