Comment le secteur de la croisière va-t-il se réinventer après la crise sanitaire actuelle ?

Patrick Pourbaix – Crédit : Christian Rombi

 

Le Club Transport et Tourisme d’X-PM organisé par Antoine Huet, Directeur Associé, a accueilli Patrick Pourbaix, Directeur Général de MSC Croisières France, Belgique et Luxembourg, qui est intervenu sur le thème :

« Comment le secteur de la croisière va-t-il se réinventer après la crise sanitaire actuelle ? »

Patrick Pourbaix a partagé, de manière très libre et directe, son expérience de l’industrie de la croisière, les effets de la crise actuelle et ses répercussions pour l’avenir de ce secteur.

 

Genèse d’une industrie florissante 

En 2019, le secteur représentait 30 millions de croisiéristes dans le monde pour un chiffre d’affaires de 40 milliards de dollars dont : le marché nord-américain 50%, l’Europe 25%, et le reste du monde pour le dernier quart, avec un marché chinois à très fort potentiel.

En Europe, l’Angleterre et l’Allemagne affichent 4 millions de croisiéristes pour seulement 500 000 en France. Le secteur de la croisière représente dans le monde 300 bateaux seulement à comparer aux 50.000 navires commerciaux naviguant dans le monde.  Les trois principaux chantiers navals construisant des bateaux de croisières sont situés en Europe (France, Italie, Allemagne). Avant la survenue du Covid-19, la croisière progressait à un rythme de 8% par an, ce qui en faisait le fleuron du tourisme avec une croissance remarquablement rapide.

 

Une situation inédite : l’immobilisation de toute une filière

La crise sanitaire a frappé de plein fouet ce secteur et l’épisode marquant a été celui du bateau Diamond Princess qui s’est retrouvé en quarantaine en février 2021, au large du Japon avec un cluster important à bord. Personne n’était préparé à une telle crise et l’image projetée sur le secteur de la croisière était calamiteuse.

S’ensuit une situation inédite, l’amorce d’un naufrage économique et financier. Tous les bateaux de croisières dans le monde ont été à l’arrêt pendant cinq mois. Cinq mois sans aucun revenu !  Ainsi, sous peine de faire faillite, les grandes compagnies américaines sont passées sous la coupe de la Bank of America. MSC pour sa part s’en est plutôt bien sortie.  Appartenant à un groupe familial, elle tire l’essentiel de ses revenus du transport maritime de marchandises en conteneur. Une activité qui lui a permis de continuer ses livraisons de bateaux, alors que les grands américains se débarrassaient de leurs vieux bateaux. Aujourd’hui MSC est désormais la troisième compagnie mondiale de croisière.

 

Faire du Bateau une bulle sanitaire et autres défis 

L’avenir pour le secteur de la croisière s’écrit avec de nombreux défis.

Le premier était celui du protocole à mettre en place pour reprendre la mer en période de pandémie. C’est fait. Et cela a permis par exemple à MSC d’effectuer 25 croisières depuis mi-août 2020 avec 40.000 croisiéristes qui ont pu voyager dans des conditions sereines. Le protocole est très strict avec pour vocation de créer une bulle de protection à bord du bateau, offrant ainsi aux croisiéristes l’occasion de mener une vie normale.

Le deuxième défi est celui de faire revenir les clients après la fin de la crise. Les signaux sont positifs à en croire les clients fidèles.

Enfin le défi majeur est celui du développement durable. Le secteur de la croisière en effet est montré du doigt et doit faire des efforts de communication tant pour relativiser son impact sur l’environnement (du fait de sa petite taille) que pour expliquer toutes les mesures prises en vue de réduire les émissions de CO2 et de particules. Les nouvelles générations de bateaux sont de ce point de vue beaucoup moins polluants, le carburant GNL remplaçant progressivement le fuel, en attendant les premiers bateaux qui seront propulsés par de l’hydrogène.

 

Un avenir prometteur

Pour conclure, Patrick Pourbaix se montre confiant dans l’avenir de la croisière que ce soit avec des très gros bateaux (plus de 4000 passagers), offrant toujours plus de services sophistiqués dans des « villages flottants » concurrençant les clubs de vacances, ou des bateaux plus petits (1000 passagers) mais plus haut de gamme. Reste que le secteur de la croisière a besoin de compétences, notamment dans le domaine de l’environnement, pour accomplir sa transformation sans heurts.

Un échange riche a prolongé cette remarquable intervention grâce aux questions des participants, managers et professionnels du secteur.

Rendez-vous est pris pour une nouvelle réunion du Club Transport & Tourisme d’ici l’été.

 


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