Dialogue social en France : les idées iconoclastes d’un dirigeant franco-allemand

« Vous avez dit dialogue social ? »

Axel Rückert

dialogue social

 

Dans un ouvrage intitulé « Vous avez dit dialogue social ?«  paru aux Editions Le Bord de l’Eau (en octobre 2018),  Axel Rückert pose la question de la refondation du dialogue social en France pour rendre les relations syndicats – patronat – gouvernement moins antagonistes et davantage orientées vers des réussites économiques et sociales.

Ayant bâti sa réputation sur le redressement de nombreuses entreprises tant en France qu’en Allemagne et à l’international, Axel Rückert, s’exprime ici en sa qualité de « praticien » du dialogue social au sein de l’entreprise.

La France peut-elle évoluer vers des relations apaisées – dans l’entreprise et au sein de la société en général ?

Axel Rückert rappelle l’importance d’un processus de dialogue tripartite (syndicats – patronat – gouvernement) dont l’objectif se concentre sur la formation d’un consensus démocratique.

Il se focalise d’emblée sur la situation hexagonale, qui s’en éloigne actuellement, avec 132 jours d’arrêts de travail par tranche de 1 000 salariés (contre 15 en Allemagne et 23 au Royaume-Uni).

L’Allemagne se distingue de la France par quatre aspects essentiels :

un syndicalisme unique puissant et représentatif par branche d’activité

des relations sociales proches du terrain au sein d’un Comité d’Entreprise dont l’unique souci sont la pérennité et le développement de l’entreprise,  sans intervention directe d’un syndicat

la concertation obligatoire au sein de ce Comité et d’un Conseil d’Administration souvent paritaire,  allant jusqu’à une forme de cogestion

des orientations nettement moins idéologiques qu’en France qui privilégient la recherche de compromis, d’un donnant/donnant sur le moyen terme et le pragmatisme.

S’en suivent deux entretiens de fond avec Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT et Alexandre Saubot, vice-président du MEDEF en charge des questions sociales (jusqu’en mars 2018). Le premier souligne l’existence en France de deux courants syndicaux, l’un « contestataire », l’autre « réformiste ».

Le second, tout en soulignant certains avantages, évoque l’impossibilité d’importer « in extenso » le modèle syndical allemand en France.

À les entendre, ces deux interlocuteurs se rejoignent aujourd’hui sur les valeurs d’engagements sociaux et environnementaux de l’entreprise.

Vers un nouveau dialogue social à la française

Pour Axel Rückert, le mot « dialogue » se réfère avant tout à un type de communication entre personnes capables d’une écoute active, d’un respect mutuel et d’une culture de compromis. Ces trois notions illustrent ses propositions originales et pour certaines inédites, avec un double objectif: améliorer en France le dialogue social au niveau de l’entreprise et renforcer la cohésion collective au niveau de l’économie et de la société en général.

Parmi les mesures les plus fortes envisagées par Axel Rückert figure la limitation du rôle de l’Etat afin de laisser le champ libre aux partenaires sociaux pour mener à terme les négociations.

L’auteur préconise une double limitation :

celle de la législation aux principes fondamentaux du droit du travail,

celle des Pouvoirs Publics en indiquant aux syndicats les domaines à réformer et l’octroi du temps requis pour y parvenir. L’accord se traduira fidèlement dans la Loi et les ordonnances.

Travailler demain autrement

« Les impératifs professionnels sont en concurrence souvent ouvertes avec les aspirations à la vie personnelle et familiale. » Axel Rückert intègre cette dimension émotionnelle à ses recommandations en faisant sienne cette antienne :

Rendre l’entreprise « a great place to work » par la qualité de son climat social et les conditions d’un travail motivant. Il y introduit le concept de travail-passion comme un objectif social apte à créer un nouvel état d’esprit dans une « entreprise responsable ». À ce titre, il suggère de limiter la rémunération des dirigeants et de favoriser l’essor de l’actionnariat salarial.

Susciter le consensus

Comment passer de l’antagonisme actuel : syndicats / patronat à l’émergence du consensus favorable en outre à la réduction du chômage ?

Pour Axel Rückert, une idée force : réformer les organisations représentatives actuelles pour tendre vers un seul syndicat par entreprise (celui qui gagne les élections) et, à terme, peut-être même par branche.

Ensuite, faire de l’accord majoritaire d’entreprise la norme de droit commun et des règles générales de relations du travail y compris sur les salaires et l’emploi, avec la possibilité de déroger même à un accord de branche !

Une exigence : privilégier le dialogue social au quotidien en favorisant en parallèle la formation des jeunes et des chômeurs ainsi que l’accès à la formation permanente tout au long de sa carrière.

 

En conclusion, un Allemand amoureux de la culture française dispose-t-il de tous les atouts pour imaginer de nouvelles relations dans l’entreprise ? Assurément. Européen convaincu, Axel Rückert a su dans son livre allier la rigueur germanique à la créativité française. Au profit du Dialogue Social.

Gute Lektüre. Bonne lecture.

 


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